Bonsoir à tous,
L'hiver bat son plein, et la perspective que peut-être, il s'agisse là de mon dernier avant longtemps, me fait le savourer pleinement... Entre la rédaction de mon
mémoire et mon nouveau poste d'assistante de recherche, sur les conseils de ma douce Marie, j'ai adhéré à un club de sport de plein air affilié à l'université, le Club Laval. Et
je peux vous dire que je ne le regrette pas du tout ! Pour la première fois de ma vie entière, je crois que je préfère pousser mon corps jusqu'à la limite de l'épuisement à travailler
pépèrement devant mon ordinateur ! ça frôle même le sado-masochisme : oui, je dois bien l'avouer, j'aime être réveillée par des courbatures et m'apercevoir de l'existence de muscles
jusqu'alors insoupçonnés. Et en cela, les sorties du Club Laval surpassent tous mes espoirs !
1er acte : un samedi entier passé à raquetter de long en large le Massif du Sud, qui est le plus haut domaine skiable au Québec. Plus encore, ce coin-là est très réputé pour ses sous-bois,
jonchés de paysages fleurant bon la toundra arctique et les conifères couverts de glace givrée. Au sein d'un bon petit groupe de 12 personnes, et de bon matin, j'ai démarré l'ascension du
mont du Midi, qui culmine à 915 mètres.
Dès le début, une question m'a taraudée l'esprit : mais pourquoi avancent-ils aussi vite sacrebleu ? J'ai alors compris que ma position préférée lors de cette excursion serait... la queue de
peloton. Ce pressentiment s'est assez vite confirmé : la montée fut loooooongue, très longue... la moindre branche à laquelle je pouvais m'accrocher est devenue mon amie. Une demi-heure après
notre top départ, nous devions déjà déclarer deux pertes : deux membres du groupe avaient choisi de rebrousser chemin. A 10, nous avons continué de monter, encore et encore.
Je crois pouvoir dire que j'en ai rarement autant chié ! A en avoir même quelques nausées... Car si la soif et la sueur étaient bien là, il était difficile de
s'abreuver en chemin : toute l'eau était gelée. Impossible de dérober une goutte, une toute petite goutte, de pepsi diet. L'effort a été si intense qu'il m'a fait oublier
qu'il faisait -25°C. Dans un tel contexte, quand bien même nous nous dépensions dans un cadre féérique, tout temps de pause était bon à prendre...
Etrange sentiment que celui d'être à la fois à bout physiquement et surexcité à l'idée d'aller plus loin encore... Toute surexcitée que je pouvais bien être, se relever était toujours un
supplice.
Et puis, enfin, oh oui enfin, on est arrivé en haut de ce mont... Et là... et là... même les instants Nutella ne sont pas aussi enivrants :
Hop, hop, hop, sitôt atteint un premier sommet, cap sur un autre : celui du Mont Chocolat.
En choisissant de bifurquer par des sentiers hors-piste, nous nous sommes amusés comme des petits fous. Je me suis retrouvée dans mon élément... je me souviens que,
dans ma jeunesse, on me reprochait de m'excuser pour un oui ou pour un non. Et bien ici, vous me croirez ou non, c'est limite si on ne sort pas les pansements hansaplast quand par malheur on
brise une branche. Plus encore, je n'ai pas été la seule à demander pardon à Dame Nature pour les dégâts que causait mon passage : hein Delphine ? Chaque fois qu'on se prenait un petit
conifère en pleine poire, on se disait que c'était cette grande et majestueuse nature qui cherchait à venger les brindilles qui avaient possiblement craquelé sous nos raquettes. En y
réfléchissant bien, non seulement le respect de l'environnement devient un réflexe au Québec, mais en plus, ça relève presque du dogme bouddhiste ! Rébellion de la nature ou pas, nous avons tous
connu des minutes kit-kat. De grands moments de solitude qui nous amènent à nous demander combien de conifères nous avons bien pu blesser en cours de route pour
mériter de tels revers de bâtons :
Ci-dessous, Max, qui avait perdu son bâton dans un trou et a du enfoncer tout son bras pour le ramener à l'air libre, ce qui en dit long sur le niveau d'accumulation de la neige ! Il faut savoir
que chaque année, le massif du Sud enregistre en moyenne une hauteur de neige de 570 cm.
Je tire personnellement mon chapeau à ceux qui ont choisi de s'isoler un temps dans une de ces deux cabines :
Parce que se déshabiller par - 25°C pour soulager un besoin... c'est plus qu'un exploit. D'ailleurs, je me pose des questions... si mes petites bouteilles de pepsi
diet gèlent complètement en moins d'une heure, est-ce qu'on peut subodorer que... là-dedans... tout gèle aussi rapidement ? Genre... tout... tout ? C'est un point à creuser...
Pour ma part, mon moment de solitude à moi, je l'ai vécu dans une grotte, où j'avais rejoint notre guide, ô combien sympathique et chaleureux, Pierre-Antoine. Je n'ai pas vu le loup, non, non,
mais vient un temps où il faut savoir arrêter les conneries sous peine de réveiller un ours qui hibernerait par là !!! Parce qu'en hors-piste, des grottes surprises, il y en a pas mal ! Je vous
rassure, je n'ai pas eu la pulsion de me glisser dans l'antre de chacune d'elles.
Bilan de la journée : 12 km parcourus en 6h, mal au cul, mal aux cuisses, mal au dos, soif, très soif, des paupières très lourdes, l'adrénaline du sport qui
vous maintient debout, des paysages fascinants, une neige brûlante tant elle est froide (oui, c'est très con comme phrase, mais croyez-moi, ça sent le vécu), de belles rencontres, de celles qui
nous font penser connaître quelqu'un depuis toujours, du pur bonheur en courant/glissant/dérapant dans de vastes étendues, et surtout...
... UN SOURIRE GRAVE AUX LEVRES !
En attendant de trouver le temps, l'argent et le talent pour me lancer dans le flamenco, je patienterai en croquant l'hiver à pleines dents ! C'est dit !
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