Bienvenue sur le blog des aventures formidables de Lucie au Québec !

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Dimanche 24 septembre 2006

Bonjour à tous !

Je suis là, devant mon écran, me préparant à vous raconter une chose d'absolument incroyable qui ferait mieux de rester confidentielle. Mais c'est tellement énorme que je ne peux pas garder ça pour moi!

Tout a commencé hier. Il devait être 21h. Je tâchais de survivre entre un gros livre de politique de promotion et un autre, celui qui me fait le plus peur : Marketing Research, an applied orientation. Je hais les stats, je hais les stats, je hais les stats. ça fait du bien d'en parler... Mais là n'est pas la question. Mon téléphone sonne. Guillaume, qui venait de rentrer d'une pendaison crémaillère. Grâce à skype, je le rappelle aussitôt sur son fixe. C'est que mon homme, en plus d'être gentleman, est un amour : nous ne passons pas une journée sans nous conformer à nos 3h de mots doux quotidiennes.

Oui mais voilà, hier soir, il n'aurait jamais dû me téléphoner...

Dès les premières minutes, je perçois quelques grammes d'alcool à sa voix. Mais lui se braque presque, oui, il a un peu bu, c'était une soirée arrosée, mais il sait encore ce qu'il dit, et il veut me parler, non il ne préfère pas me rappeler demain pour me parler à tête reposée et un minimum distillé... Soit, je sais être obéissante. Je l'écoute. Je contiens mes fous rires parce que ses phrases n'ont ni queue ni tête, mais je reste avec lui car tout cela me paraît toujours plus logique (si !) que mes cours de stats.

Et là, c'est le drame :

"Lucie, veux-tu m'épouser ?"

5 petits mots qui retentissent brutalement, comme un fouet qu'on fait claquer dans l'air. Sous le coup de la surprise, je propose que nous parlions de tout ça plus tard, quand il aura mis de l'ordre dans ses idées. Grave erreur... la machine était lancée. Il m'avoue y penser depuis longtemps, et que son rêve est de tout vivre à fond avec moi, alors faisons-le que diantre!! Là, j'ai senti que je ne pouvais avancer aucun argument qui puisse trouver écho : à peine avais-je rappelé que nous n'étions ensemble que depuis 5 mois que mon chéri était parti de plus belle dans ses diatribes.

Comme aucune raison ne lui paraissait valable, j'ai lancé l'idée que "Lucie Poinsot", ça sonnait vraiment mal... Et là, grandiose, Guillaume m'explique qu'il est hors de question que je ne porte pas son nom, que je ne peux pas comprendre, il avait acheté des salades en surplus avec son ami Damien, faut pas gâcher...

Tout d'un coup, je respire. Il est complètement fait, ouf, il ne pense pas un mot de ce qu'il dit. Mais Guillaume repart, loin ,très loin, on s'aime si fort, je suis comme un avion, et sous mes ailes, il y a deux réacteurs, et quand ils fonctionnent ils font un mouvement de flexion, et donc on ne peut pas lutter, je suis la femme de sa vie... Mon Dieu, mais quelle barre de rire !!!

Puis le ton change, les phrases deviennent excellemment agencées pour quelqu'un qui est bourré, les mots bien articulés, le ton sérieux, l'émotion était bien palpable... Mais tabernacle, était-il sérieux oui ou non? Guillaume veut qu'on se marie le plus vite possible. Peu importe le regard et le jugement des autres. Nous on sait. On vit tout intensément alors pourquoi pas ça? Marions-nous dans le secret, à la mairie par exemple, et plus tard à l'église. Mais soyons fous, pardi, soyons fous... Une très grosse boule grandit en moi, je ne sais plus quoi dire... mais il a l'air vraiment convaincu de ce qu'il dit... Doucement je suggère qu'il ne vaut mieux pas froisser sa maman qui cherchera certainement à l'assassiner s'il se marie sans elle... Que nenni, il la ramène avec lui dans 3 semaines à Montréal. Ah bah oui tiens, ça c'est une idée qu'elle est bonne, si on se mariait à Montréal ?! Faut pas que je m'en fasse, sa maman sera toute contente de l'accompagner...

Ma gorge devient sèche, très sèche. Il est trop tôt Guillaume, beaucoup trop tôt... OK Lucie, tu as raison, on fait ça l'été prochain. Si j'avais eu de la vodka pomme sous la main, je m'en serais bu cul sec. Je lui demande d'aller se coucher, qu'il n'est manifestement pas dans son état normal, que tout cela m'amuse beaucoup, mais j'ai du boulot aussi... Deuxième grave erreur : il me soutient qu'il pense chaque mot qu'il a prononcé, il veut m'épouser au plus vite, et dès que je rentre en France... on lance NOTRE bébé ! Si, il a dit ça... J'ai chaud, très chaud. Raccrochons, cela vaut mieux, il faut qu'on reparle de tout ça plus tard, quand il aura décuvé et moi quand j'aurai enfin digéré mes stats... Il est déjà 23h, je suis un peu fatiguée, et toute tourneboulée, car la voix de Guillaume se fait de plus ferme, sûre, elle ne vacille plus... Guillaume me dit qu'il ne me reste plus qu'à changer ma magnifique bague de doigt, du moins jusqu'à ce qu'il puisse m'offrir ma bague de fiançailles...

Nous raccrochons. J'en ai le souffle coupé. Guillaume me rappelle tout de suite, pour me dire une fois encore qu'il me défend de penser qu'il était bourré et qu'il ne pensait pas ce qu'il a dit. Il est très sérieux, et il conclut par une promesse : il a la ferme attention de me rappeler le matin, et de me confirmer tout cela de vive voix, pour que je n'ai plus l'excuse de son taux d'alcoolémie pour me réfugier derrière des réponses vagues et prudentes.

Le téléphone resonne. Cette fois c'est Benny, il sent tout de suite que j'ai une voix bizarre. Je ne parviens qu'à articuler "Guillaume veut m'épouser Benny". Et il explose de rire... Goujat.

J'ai ruminé ça une bonne partie de la nuit. Je le suis ou pas? Je fais cette folie ou pas ? 2 bagues de fiançailles en un an, c'est pas mal comme performance : ma première bague de fiançailles me fut offerte en janvier dernier, une deuxième à prévoir pour les semaines à venir... C'est tentant quand même... J'adore tout ce qui est fou, la vie est tellement courte, alors c'est vrai, il n'a pas tort, vivons tout à fond sans réfléchir, fonçons tête baissée... Ah oui mais non quand même, on parle de mariage là, c'est quand même sérieux, je suis peut-être carriériste, mais je veux décrocher mon MBA avant tout... Lucie, ressaisis-toi enfin, non, il n'y a pas de questions à se poser, tu ne peux pas faire ça si tôt, sors-toi d'abord glorieusement de cette relation à distance, tu verras ensuite... Tous ces noeuds dans mes connexions synaptiques pour en arriver à la conclusion suivante : Cours Lucie, cours !!!!!!!!!!!!!! Révision de la première conclusion : ne cours pas, non, ne cours pas, garde ton calme, et essaie de gagner du temps. Cet homme là est incroyable, tu vas quand même pas le laisser filer nom de nom... Dis oui à tout s'il faut Lucie, dis oui à tout, c'est Guillaume... Guillaume, il est pas comme les autres.

9h du matin. Le téléphone sonne. Ciboire, c'est qu'il est ponctuel en plus. Je murmure un timide "allô?" Et oui, c'est bien Guillaume... J'ai peur, ah bah oui, quand même, je me suis levée en me disant qu'il y avait une forte probabilité pour que je sois fiancée à la fin de la journée... Je prends les devants. Ecoute Guillaume, non vraiment, ce n'est pas raisonnable, mais si c'est vraiment ce que tu veux, si tu veux qu'on fasse cette folie, on la fera, mais laisse moi du temps, juste un peu, je ne veux pas d'un mariage en secret, mais quand même Guillaume, on démarre à peine cette relation à distance, c'est dur, oh oui c'est dur, mais tu crois pas qu'il vaut mieux qu'on attende un peu ?

Et là c'est le drame :

"Mais Lucie, de quoi tu parles ?"

Ce grand bêta était au moins à 7g dans le sang la veille, il ne se souvenait absolument pas être resté presque 3 heures au téléphone à tenter de me convaincre de l'épouser sur un coup de tête... Il ne se souvenait pas que grand seigneur, il m'avait dit être d'accord pour me laisser 2 ans avant de mettre en route un bébé. Il ne se souvenait de RIEN. RIEN. Le trou noir. Il pensait avoir rêvé.

Et là j'ai senti que j'aurais du jouer. J'aurais du faire style je lui disais oui à tout sans hésiter, histoire de bien le mettre au pied du mur pour voir comment il réagirait. Ce con là m'a fait passer une nuit de merde (c'est quand même pas facile de s'endormir avec la perspective d'exercices de stats infaisables agrémentée de l'idée de s'appeler un jour "Lucie Poinsot"), j'aurais au moins pu essayer de lui faire une petite frayeur.

Quelle joueuse ce Guillaume...

Je n'ajouterais qu'une chose : ça se paiera.

 

Pensée du jour

    "C'est une vaine ambition que de tâcher de ressembler à tout le monde, puisque tout le monde est composé de chacun et que chacun ne ressemble à personne."

(André Gide)

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