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Jeudi 8 mai 2008
Marion Sabrié vit à Rangoun, où elle prépare une thèse en géographie sur la Birmanie

"Il ne semble pas y avoir d'avant et d'après-catastrophe" pour la junte





Est-ce que le fait de maintenir, samedi 10 mai dans certaines villes birmanes, un référendum constitutionnel a encore un sens après une catastrophe de cette ampleur ?

 


Marion Sabrié :
Oui, du point de vue de la junte militaire au pouvoir. Il ne semble pas y avoir d'avant et d'après-catastrophe pour eux. Du point de vue humain, ce référendum semble totalement déplacé alors que le peuple pense avant tout à sa survie. L'opposante Aung San Suu Kyi a, par exemple, qualifié ce vote d'insulte au peuple, qui doit lutter pour reconstruire sa maison, son quartier et sa ville.

Le référendum constitutionnel est une réponse de l'appareil dictatorial birman à la demande internationale répétée d'opter pour "une voie vers la démocratisation". Certes, la junte semble user de moyens démocratiques, mais il s'agit d'une façon d'entériner son accession illégitime au pouvoir et de lui donner une assise constitutionnelle. Ce scrutin, et la possibilité de la tenue d'élections en 2010, apparaît comme une opération de séduction de la junte vis-à-vis de la communauté internationale.

 



Si la junte le maintient coûte que coûte, le scrutin ne sera-t-il pas vidé de sa substance, si ce n'était pas déjà le cas ?



Les Birmans sont appelés aux urnes par la force et matraqués par le oui. Sur une population birmane estimée à 56 millions d'individus, 30 millions sont potentiellement électeurs s'ils sont dans la capacité matérielle de se rendre aux urnes. Mais en l'absence de toute commission internationale d'observation, le vote ne sera pas secret et toute personne ayant voté non se verra la proie de la répression du régime.

Les médias parlent peu de la pression exercée sur les Birmans depuis l'annonce de ce référendum. Récemment, un jeune Birman évoquait sa demande de passeport pour partir étudier à l'étranger, passeport dont la remise a été reportée à après le référendum dans l'attente de son vote en faveur de la Constitution. A chaque niveau, la société locale est surveillée, ce qui rend la possibilité d'un scrutin libre et démocratique impossible. Même si le vote se révélait négatif, le gouvernement s'arrangerait pour qu'il devienne positif. Le processus leur importe peu, c'est la fin qui est visée.

De plus, le peuple ne connaît pas le texte constitutionnel, long de cent quatre-vingt-quatorze pages, et n'y a pas accès. Du point de vue majoritaire de la population locale, tout semble comme si le référendum était un vote pour ou contre la dictature. Malgré les efforts de l'opposition en Birmanie et sur la scène internationale en faveur du non, le oui devrait l'emporter.

 



L'insistance des militaires peut-elle provoquer un mouvement de contestation politique au sein du pays, similaire à celui emmené par les bonzes en 2007 ?

 


Bien que l'opposition, meurtrie par la répression des manifestations de 1988 et de 2007, subsiste toujours, un mouvement effectif de contestation politique au sein du pays, d'ampleur similaire au mouvement mené par les bonzes en 2007, semble a priori impossible. Avant le cyclone Nargis, la population birmane semblait découragée et désemparée par les événements de septembre et d'octobre 2007. Maintenant, le pays est coupé en deux et la première préoccupation des habitants des régions touchées est de survivre, d'avoir leur riz quotidien, avant de penser à toute contestation politique.

Même si une colère grandissante à l'égard du gouvernement se fait sentir, notament depuis la répression des bonzes, c'est surtout une colère doublée d'une grande lassitude. En effet, une majeure partie des Birmans pense, selon les préceptes bouddhiques, que la destinée du pays – que ce soit la dictature militaire ou le cyclone – doit être ainsi et que leurs actions de lutte contre des phénomènes "divins" sont vaines. Mais désormais, ils sont convaincus que la voie pacifique est illusoire.


 

Propos recueillis par Luc Vinogradoff



J'ose poser une question : si la communauté internationale ne peut rien pour le peuple birman, rien pour le peuple tibétain, rien pour stopper le génocide du peuple Fours au Darfour, rien pour le peuple tchétchène, pas plus pour le peuple chinois d'ailleurs, rien pour personne en fin de compte, pourquoi ne donnons-nous pas tout de suite les clés de l'ONU à la Chine et à la Russie ? Ce serait moins hypocrite non ? ça éviterait de donner l'espoir, à de pauvres gens qui risquent leur vie pour appeler au secours, que n'intervienne un jour le monde occidental pour les sortir de là. Les Birmans ne se font plus d'illusions eux.
Je croyais que les droits de l'homme se défendaient partout. On a oublié de m'apprendre à l'école que ça se défendait surtout quand ça ne dérangeait pas le géant économique d'aujourd'hui et de demain, grand modèle de respect des libertés individuelles s'il en est. Excusez-moi, je suis énervée. Je ne m'y ferai jamais. C'est comme ça.



PS : Pour ceux qui ignorent le rôle qu'a joué la Chine au Soudan, en bénéficiant, soulignons-le, d'une immunité complète, je vous conseille la lecture de cet article, très synthétique, clair, et précis :
http://autourdelaliberte.blogspot.com/2006/08/au-darfour-le-lotus-un-got-de-ptrole.html.
 

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    "C'est une vaine ambition que de tâcher de ressembler à tout le monde, puisque tout le monde est composé de chacun et que chacun ne ressemble à personne."

(André Gide)

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