C'est officiel depuis quelques jours : au mois d'août prochain, Guillaume et moi nous envolerons pour la Birmanie.
On dirait bien que ma soif d'aventures, mon envie de partir à la rencontre de peuples oubliés, ma recherche d'expériences humaines authentiques, mon goût pour ces claques culturelles que la vie nous donne parfois et nous marquent à jamais, tous ces aspects qui font partie de moi, ont gagné Guillaume qui sera mon compagnon de route sur les routes birmanes. En soi, c'est une merveilleuse nouvelle. Nous allons vivre quelque chose de très fort et d'indescriptible ensemble. "Mon" Vietnam m'a tellement bouleversée qu'aujourd'hui "vacances" doit pour moi rimer avec "intensité". Et de façon générale, la vie doit à mes yeux rimer avec "intensité". Car la vie n'attend pas, on ne le dit jamais assez. C'est ainsi que je la conçois. Peut-être une conception "normale" du haut de mes 23 ans. Mais j'espère garder cette exaltation longtemps. Alors voilà, en août prochain, je découvrirai la Birmanie avec mon amour.
Pourquoi la Birmanie me direz-vous ? Une première raison est sans conteste les excellents échos que j'en ai eus, notamment de feu ma collègue de travail, ma chère Caroline, qui était littéralement tombée sous le charme : charme des paysages, à couper le souffle, de la générosité des gens rencontrés, de la beauté des enfants birmans. Elle prêchait une convaincue, mais entendre parler quelqu'un d'un sujet avec passion nous fait toujours pousser des ailes. Elle en était revenue épanouie, avec cette lumière dans les yeux, un grand sourire magique... et, ce qui ne gâche rien, un bronzage impeccable ! Une deuxième raison : les témoignages de grands voyageurs sur internet, qui se plaisent à ériger la Birmanie au rang de "plus beau pays du monde. Or, après le Vietnam cher à mon coeur, je ne demande qu'une chose : voir. Une troisième raison : ma profonde inclination vers le bouddhisme auquel le Vietnam m'a initiée. Or, la Birmanie regorge des plus beaux lieux de culte en ce monde. Et j'avoue que l'idée de convertir peut-être un pilote de chasse au bouddhisme me plaît beaucoup ! Quatrième raison (peut-être la raison majeure) : la Birmanie est un pays où règne une des dictatures les plus féroces qui soient en ce moment. La junte militaire au pouvoir oppresse et exploite tous les birmans. Naïvement, bien consciente qu'on ne peut pas changer le monde à force de bonne volonté, je me disais que rencontrer le peuple birman, lui prouver qu'il n'est pas oublié de tous, lui distribuer des sourires à foison, m'incliner devant ses valeurs, découvrir son pays et apprendre à l'aimer, seraient autant d'actions pourvues d'un petit sens. On fait ce qu'on peut avec ce qu'on a : de l'espoir et du bonheur à revendre en ce qui me concerne.
Voici quelques images de la Birmanie, aujourd'hui connu sous le nom de Myanmar :








Quand Guillaume m'a téléphonée pour me dire qu'il avait confirmé notre réservation, je me sentais déjà transportée. Pour vérifier des petits détails quant au climat de mousson birman, j'ai fait quelques recherches sur internet et je suis tombée sur un article qui m'a complètement désarçonnée. La joie de partir ensemble a fait place à d'étranges émotions : la culpabilité, la peur de faire plus de mal que de bien aux birmans, en les mettant en danger malgré nous. La Birmanie est en ce sens un peu le Vietnam il y a plus de dix ans : les contacts entre la population locale et les touristes, pour peu qu'ils soient acceptés, ne devaient être réduits qu'à des transactions commerciales. Toute relation prolongée avec un birman, une discussion futile, des sourires, peuvent avoir des conséquences très noires dont nous, les maudits touristes, n'aurons jamais connaissance, car des parties du pays nous sont interdites d'accès. Nous ne verrons que le plus beau, sans voir forcément le plus vrai, le plus vrai étant malheureusement aussi le plus tragique (massacres, esclavage,...).
Estimant que personne ne parle assez de l'horreur de la dictature birmane, je vous livre quelques passages de cet article très sérieux. On ne pourra pas dire qu'on ne savait pas :
"Tout pour plaire. Du soleil, la mer bleue, des pagodes à foison, des 5 étoiles au prix d'un Formule1, une monnaie dont le taux de change officiel est de 6 pour 1 dollar et de près de 1000 au marché noir. Avec ça, calme et sérénité assurés pour les touristes: à chaque coin de rue, des flics en civil veillent et alpaguent tout Birman qui aurait un contact autre que "rapide et commercial" avec des étrangers. Bref, voilà une destination de rêve, vantée, avec juste les bémols de rigueur, par le Guide Hachette, et Lonely Planet. Et même le routard, qui évacue l'épineuse question "Y aller ou non?" en quinze lignes et conclut par un "oui" à peine nuance de quelques recommandations éthiques. Mais vous avez déjà vos billets et maintenez votre voyage? Ce non-guide suggère alors d'ouvrir les yeux. Sur le travail force, l'exploitation des enfants, les atteintes à l'environnement. Et encourage, prudemment, à s'écarter des circuits touristiques pour prendre un de ces minibus bondés qui bringuebalent jusque dans les faubourgs éloignés. Mais attention : "Protégez les Birmans, insiste Annie Faure. N'entrez pas ouvertement en communication avec eux, respectez leur silence, ne leur offrez rien qui puisse être mal interprété par la police: On m'a rapporte le témoignage d'une famille qui, pour une pièce de 1 franc, sans doute donnée par un touriste à un enfant, s'est retrouvée en prison sous le prétexte de détention illégale de devises".
Dans certaines zones restées fermées aux étrangers jusqu'au début de l'année, les voyageurs, encore très rares, sont accueillis avec une curiosité enthousiaste par une population avide de contacts, de nouvelles de l'extérieur et, pour peu qu'un brin de confiance s'installe, de confidences sur ses vicissitudes. Mais attention! Tout Birman surpris en conversation prolongée avec un étranger recevra, dans les vingt-quatre heures, la visite des militaires et subira un interrogatoire musclé. Le Slorc, telle l'araignée venimeuse, a tissé sur tout le pays un réseau serré d'indicateurs et de délateurs qui font ressembler parfois
Comme dans l'Espagne de Franco, qui a bétonné ses côtes et garrottait ses opposants, ou
En Birmanie, ce calme qui vous enchante, c'est celui de la peur.
Depuis quelques années,
- les infrastructures touristiques (les grandes routes, les parterres de fleurs, les hôtels, …) ont souvent été réalisées par des travaux forcés. Ce travail obligatoire et non rémunéré est très répandu en Birmanie et souvent lié au développement du tourisme. On estime que plus d'un million de Birmans ont dû travailler pendant des semaines ou des mois depuis que la junte a décidé d'ouvrir le pays au tourisme. Ces travailleurs, composés d'un quart d'enfants, doivent payer leurs déplacements, leur nourriture et ils dorment bien souvent à même le sol sur le chantier. - afin d'élargir des routes et de donner une image "propre" aux sites touristiques, des villages et des quartiers entiers ont été déplacés de force sans aucun dédommagement. - tout est surveillé selon le vieux système fasciste: par groupe de dix maisons, il existe un chef d'îlot chargé de surveiller ses voisins et de rendre compte à un indicateur gérant un groupe de cent maisons, lui-même chargé de faire rapport au responsable de 1000 maisons, et ainsi de suite. Tout est fliqué, surveillé, les gens ne peuvent pas passer une nuit hors de chez eux sans en avertir le chef d'îlot qui travaille pour la police. -
- en allant en Birmanie vous cautionnez le régime et vous lui permettez d'avoir une image plus respectable. Un régime bénéficiant de la visite de beaucoup d'occidentaux ne saurait être le goulag tropical financé par l'argent de la drogue que décrivent ses adversaires… - l'argent que les touristes vont dépenser pendant le voyage ira la plupart du temps directement dans la poche des dirigeants et du régime car la majorité des sites touristiques et des infrastructures leurs appartiennent. Cette contribution (si petite soit-elle) risque de maintenir un peu plus longtemps au pouvoir ce régime totalitaire. - la junte militaire dépense huit fois plus d'argent pour la défense que pour l'éducation et la santé. - un tiers du pays est interdit aux étrangers car il y a des opérations militaires ou du trafic de drogue. Pour tous ceux qui sont tout de même décidés à faire du tourisme en Birmanie, voici quelques conseils que nous vous demandons de suivre au maximum : - Ne partez pas en voyage organisé car les agences se soucient souvent peu de la politique birmane et elles ne vous montreront que le beau côté de
- Partez en petit groupe, c'est le meilleur moyen de découvrir les différents aspects de
- Boycottez les hôtels de l'état et les moyens de transports de l'état (train, bateau de luxe, avion, …). - Pensez que chaque fois que vous payez l'entrée d'un site touristique, l'argent va la plupart du temps dans la poche des dirigeants militaires. - N'entreprenez pas d'actions sur place. Elles pourraient porter préjudice aux personnes inquiétées par le régime. Si un Birman vous parle de la dictature, ne le répétez à personne en Birmanie, même pas à une personne qui vous semble de confiance, car il y a des espions partout et votre interlocuteur risque la prison et la torture. - Ouvrez les yeux et dès votre retour, soutenez l'action des démocrates birmans. " Je m'arrête là dans ce compte-rendu effrayant, qui continuait pour décrire encore plus l'horreur de la "vraie" Birmanie, celle que l'on nous cache. Cet article m'a fait l'effet d'une douche froide. Je me doutais de tout cela, avec mes petites notions d'histoire, parfois même du bon sens : quand le Myanmar était le seul pays à déclarer 0 mort lors du tsunami de décembre de 2004, à fermer ses portes aux ONG, alors que ses côtes avaient vraisemblablement été durement touchées, il y avait bien de quoi se poser des questions sur les préoccupations du régime en place pour le bien-être des birmans. Malgré tout cela, Guillaume et moi partons. Nous avons malheureusement découvert cet appel au boycott touristique trop tard. Alors nous redoublerons d'efforts pour ouvrir les yeux, et témoigner à notre retour. Le voyage qui promet d'être le plus beau de notre vie sera certainement le plus violent également. Je voulais de l'intensité... je crois bien que je l'aurai.
D'ailleurs, les Français adorent : sur les 150 000 touristes qui chaque année se commettent en Birmanie, 50 000 viennent de France. Qu'ils sachent que derrière ce paradis de carte postale se cache le pire des enfers. Ils devraient, avant de partir, accorder quelques minutes à la lecture de "Birmanie, mode d'emploi", le premier non-guide touristique qui énumère toutes les bonnes raisons de ne pas se fourvoyer dans ce pays rebaptisé Myanmar par une poignée de généraux sanguinaires et corrompus. Les vacanciers en mal d'exotisme se rappelleraient que, depuis l'annulation du résultat des élections de 1990, qui avaient vu 83% des Birmans voter pour
"Venez quand nous serons libres!" supplient les rares survivants de l'opposition démocratique. Un appel que reprend Annie Faure, médecin et co-auteur de ce petit non-guide dans lequel elle raconte tout. Les 20 000 personnes, dont des enfants de 8 ans, réquisitionnés pour nettoyer à la main les douves du palais de Mandalay, sans salaire ni nourriture ; les quartiers entiers évacués en quelques heures (5200 personnes à Pagan, près de
Au premier abord, ce pays semble merveilleux.
Mais, pour peu qu'on tende l'oreille et qu'on ouvre les yeux, on se rend compte que ces merveilles cachent une des pires dictatures du monde qui bafoue systématiquement les droits fondamentaux de l'homme.
Avant de partir faire du tourisme en Birmanie il faut savoir que :
- Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix en 1991, leader de l'opposition birmane en résidence surveillée à Rangoon et privée de tous ses droits, a demandé que les touristes ne viennent pas pour l'instant en Birmanie.
Pour toutes ces raisons, nous vous suggérons donc de suivre le mot d'ordre d'Aung San Suu Kyi, qui demande de ne pas voyager en Birmanie pour l'instant.